mardi 7 juillet 2015

Thibaut Pinot était trop seul pour gagner le Tour

Thibaut Pinot pointe à 6'30'' de Tony Martin au général - Crédit : FDJ
[ANALYSE] La fin des espoirs. Le terminus des illusions. Thibaut Pinot a encore laissé échapper trois minutes durant la 4e étape ce mardi. Alors même que le Tour vient à peine de retrouver la France, le Franc-Comtois a même perdu tout espoir de figurer sur le podium. Son équipe, la FDJ, était trop faible.

« Il n'est pas de plus grande douleur que de se souvenir des temps heureux dans la misère. » (La Divine Comédie, Dante)
Héros un temps. Anonyme le lendemain. 3e du Tour de France l’an passé, Thibaut Pinot avait de quoi ressentir cette vive affliction décrite par Dante lorsque sa bicyclette a connu deux problèmes mécaniques, coup sur coup, dans l’avant dernier secteur pavé entre Fontaine-au-Tertre et Quiévy :


« J'ai eu un problème mécanique et après c'est parti à bloc [devant]. Quand les évènements s'enchaînent…, soufflait le leader de la FDJ après la course. (…) J'aurais pu être dépanné, mais par qui ? Par Mathieu (Ladagnous), qui fait vingt centimètres de plus que moi ? J'étais bloqué sur un plateau et voilà. »

Crédit : @philousports

Résultat, une interminable attente avant d’être secouru par la voiture FDJ et une addition salée de 3’23’’ perdues au final sur les ténors…

« J’aurais pu être dépanné, mais par qui ? » (Pinot)

Aucun autre grand leader n’a connu de souci technique sur les pavés si familiers des amoureux de Paris-Roubaix. Mais aucun autre grand leader n’était seul dans le groupe de tête. Au final, chaque équipe a pris le relais à l’avant du peloton pour maintenir son champion dans les clous ; et on a pu mesurer l’écart qui sépare la FDJ du team Sky de Froome, des Tinkoff de Contador, des BMC de Van Garderen, des Astana de Nibali ou des Etixx-Quickstep de Tony Martin.

5e victoire d'étape sur le Tour de France et 1er maillot jaune pour Tony Martin - Crédit : Eurosport

Pourtant, un frisson a parcouru l’échine de l’Allemand à peu près au même moment, à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée lorsque celui-ci a connu un ennui avec sa monture. Mais deux équipiers étaient là pour protéger du vent et ramener dans le groupe de tête le futur vainqueur de l’étape et nouveau maillot jaune.

Une première semaine test pour les équipes


Voilà trois jours que l’on constate les fragilités, les failles, pour ne pas dire les béances de la FDJ de Thibaut Pinot. L’équipe française a été impuissante face au vent et aux bordures de la 2e étape dimanche. C’est ensuite en cherchant à replacer son leader que William Bonnet hier lundi a été pris dans une terrible chute collective. Choqué d’avoir vu son capitaine de plat aussi lourdement blessé, l’infortuné Pinot n’a pu que laisser filer les meilleurs avant même l’ascension finale du Mur de Huy.

Avec en point d’orgue le contre-la-montre par équipe de dimanche, cette première semaine avait pour objectif de tester la solidité et la richesse des effectifs de chaque équipe. Où étaient les rouleurs que sont Vaugrenard, Roy, Morabito (recruté pour épauler Pinot) ou les Chavanel et Démare (censés être à l’aise sur les pavés) ? Nulle part. Pour le leader français, il faudra donc se contenter des miettes, c’est-à-dire des étapes de haute montagne car la forme, on l’a vu au Tour de Suisse et lors du chrono individuel de samedi, est bel et bien là. C’est ce qui est d’autant plus rageant.

Nibali a tout tenté pour reprendre du temps

Vincenzo Nibali à l'attaque sur le secteur 3 de Saint-Python - Crédit : Eurosport
Pour les quatre cavaliers de l’Apocalypse (Froome, Contador, Nibali, Quintana), il fallait donc avoir des équipiers pour se protéger du vent, se protéger sur les pavés et le cas échéant être ramené en cas de cassure. Le tenant du titre, Vincenzo Nibali a attaqué par trois fois sur les pierres du Nord pour tenter, comme l’an passé, de reprendre du temps aux autres leaders, fragiles dans l’exercice. Mais les teams Sky (pour Froome), Tinkoff (Contador), Katusha (Rodriguez) et même Movistar (Quintana) ont tenu le choc, contrairement à l’an passé. Aucun leader n’a perdu de temps aujourd’hui à l’exception de Pinot.

Chaque grande équipe a pu mesurer l’importance de compter dans ses rangs un grand rouleur de pavé dans son équipe :



Car eux mieux que personne savent replacer leur leader devant à l’entrée des secteurs pavés particulièrement étroits. Vous remarquerez que la FDJ ne possédait aucun expert de la discipline…

La question des lecteurs : ma réponse à Joseph





C’est effectivement dangereux mais l’exiguïté des lieux fait parfois partie de la difficulté. C’est moins vrai en montagne où les gens se rapprochent parce qu’il n’y a plus de peloton à proprement parler mais des coureurs disséminés ça et là. Sur les pavés du Tour des Flandres, de Paris Roubaix ou bien sur les côtes de Liège-Bastogne-Liège, cette étroitesse est en fait ce qui permet de mesurer la force d’une équipe.

Un leader isolé éprouvera les pires difficultés à se placer correctement seul, à « frotter ». On l’a d’ailleurs plusieurs fois vu avec Chris Froome aujourd’hui. Le maillot jaune éphémère a régulièrement dû se replacer et manqué de tomber au contact de Jacopo Guarnieri (cf. à droite ci-dessous de l'excellent @philousports).



Au final, il n’y a aucun hasard à voir Tony Martin, membre d’une équipe rompue aux joutes des classiques ardennaises et flandriennes, remporter l’étape d’aujourd’hui. Il y avait quatre coureurs Etixx-Quickstep pour assurer la garde rapprochée du champion du monde de contre-la-montre dont le paviste de haut vol, Zdenek Stybar, 2e de Paris-Roubaix en avril.

Tony Martin ne s'arrête pas à trois échecs


L’Allemand a donc attaqué sur un faux-plat montant comme il sait si bien le faire. Derrière lui, les coureurs se sont regardés de peur de faciliter la tâche d’un sprinteur (Bouhanni, Degenkolb, Cavendish, Coquard) et c’était déjà trop tard pour rattraper le meilleur rouleur du monde. Tony Martin pouvait se croire maudit. 3 premières étapes. 3 fois deuxième derrière 3 leaders différents pour moins de 3 secondes à chaque fois.

L’Allemand pourra méditer cette magnifique citation extraite de La Vierge de Flandre (ce n’est pas une blague) de Hendrik Conscience :

« Le triomphe appartient à l'homme courageux qui croit et espère ; la postérité devient amie et maîtresse des temps à venir. »


Tony Martin fête la victoire avec son team Etixx-Quickstep - Crédit : @philousports

Le général après quatre étapes (source : LeTour.fr)


2 commentaires:

  1. un bon mot une fois10 juillet 2015 à 06:34

    Après cette défaite, le Pinot n'était pas noir, il était vert, MWARF MWARF

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  2. J'ai cherché un jeu de mots mais je n'en ai pas trouvé de bon ;-)

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